Enjeux

  • Cancer du sein et inégalités sociales de santé

    Pour le cancer du sein, comme pour d’autres maladie, les inégalités sociales de santé ont un impact sur les résultats relatifs à la survie. Selon le Rapport de 2016 sur le rendement du système de lutte contre le cancer, pour le cancer du sein, la survie nette à cinq ans la plus élevée a été constatée chez les populations à revenu élevé. De plus, chez les populations à plus faible revenu, la survie à la suite de la plupart des cancers étudiés était écourtée. Par ailleurs, les patients à plus faible revenu sont moins susceptibles de reconnaître et de faire évaluer leurs symptômes rapidement, ce qui mène à l’établissement d’un diagnostic à un stade plus avancé, lorsque les traitements sont moins efficaces et, en fin de compte, le pronostic moins bon.

    Pour ce qui est de la justice en matière de santé des femmes, la Direction de la santé publique de Montréal reconnaît que le cancer du sein est un important exemple de l’effet que l’inégalité sociale peut avoir pour la santé, car les femmes plus démunies ont tendance à avoir un plus faible taux de diagnostic de cancer du sein, mais de plus forts taux de mortalité[1].

    De manière générale, l’incidence de cancer du sein (le nombre de femmes recevant un diagnostic de la maladie) reste relativement stable. Cela dit, la prévalence (le nombre de femmes touchées par la maladie) et la mortalité (le nombre de femmes qui en meurent) varient beaucoup d’un groupe de femmes à l’autre. Dans certains groupes, notamment dans certaines populations d’immigrantes récentes, l’incidence du cancer du sein a augmenté de façon importante, et d’autres groupes, notamment les Noires, ont un taux de mortalité anormalement élevé. Il nous faut mieux comprendre ces tendances, en tirer des leçons, et les communiquer aux femmes qui peuvent avoir besoin d’informations précises sur leur santé et sur le dépistage.

    Voilà certains des enjeux auxquels se consacre Action cancer du sein du Québec. La population est amplement sensibilisée au cancer du sein. Le moment est venu pour nous de faire réellement avancer le débat en nous attaquant aux questions les plus complexes que soulève cette maladie. À vrai dire, le message de sensibilisation, omniprésent, est une insulte à l’intelligence des femmes, et il a pour effet de saper toute velléité de changement en profondeur. En s’opposant à la recherche fondamentale sur les enjeux environnementaux, tels que le rapport entre le cancer et les PE, des puissants groupes d’intérêt empêchent tout changement au paradigme dominant en matière de réglementation de la toxicité et des substances chimiques, paradigme qui permet la présence d’agents chimiques dans tous les produits jusqu’à ce que l’effet délétère en ait été démontré. Actuellement, les substances chimiques sont autorisées AVANT que leur sécurité pour les humains et pour l’environnement n’ait été démontrée (ce qui est contraire au principe de précaution), et les militants et les chercheurs universitaires doivent lutter pour obtenir le retrait de substances chimiques nocives présentes dans des produits déjà commercialisés. En outre, l’évaluation du risque se fait au cas par cas, une substance chimique à la fois, sans égard aux interactions éventuelles entre les substances, et l’on ne tient habituellement pas compte des données sur l’exposition prolongée ou l’exposition liée à l’âge.

    Action cancer du sein du Québec travaille assidûment pour que plus de fonds soient consacrés à la recherche fondamentale sur la prévention du cancer du sein. Nous nous efforçons également de faire connaître les inégalités sociales actuelles qui agissent sur la santé, et leurs impacts pour le cancer du sein, afin de faire de cet enjeu une priorité de santé publique.

    Nous collaborons avec un large éventail de groupes dans le but d’éliminer les substances chimiques nuisibles, ou celles dont on soupçonne qu’elles sont dangereuses, de notre environnement. De plus, nous travaillons à la mise en place d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, à l’instar de celle mise au point par le gouvernement français[2].

    Assez tergiversé. Nous sommes toutes amplement sensibilisées au cancer du sein — ACSQ existe depuis plus de 30 ans. Il faut agir sur les questions difficiles auxquelles nous sommes confronté.e.s. Tout de suite.

    [1]Partenariat canadien contre le cancer (2016). Rapport de 2016 sur le rendement du système de lutte contre le cancer. Toronto (Ont.) : Partenariat canadien contre le cancer; juillet 2016. 128 p.

    [2]Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (2011). Rapport du Directeur de santé publique 2011 : Les inégalités sociales de santé à Montréal. Montréal, Direction de la santé publique. pp. 80-82.

     

  • Cancer du sein et travail

    Le cancer du sein est un enjeu de santé et sécurité au travail de premier plan

    Tonie Beharrell, l’avocate de Katrina Hammer, de Patricia Schmidt et d’Anne MacFarlane, ces trois travailleuses ayant allégué avoir développé un cancer du sein en raison des conditions de leur milieu de travail en laboratoire, s’est exprimée comme suit, à la suite de la décision rendue en leur faveur par la Cour suprême du Canada le 24 juin 2016 : « Espérons que les plaignantes qui hésitaient quant à la cause à invoquer pour leur maladie seront encouragées à poursuivre leurs démarches, sachant qu’elles n’ont pas besoin d’un rapport médical indiquant en toutes lettres que leur travail est à l’origine de leur cancer. Elles auront le choix entre différents éléments de preuve pour appuyer leur plainte. »

    Parmi les éléments de preuve déposés dans cette affaire, on retrouve (du Mémoire des appelants) :

    a. Probabilité que les techniciennes avaient été auparavant exposées, en milieu de travail, à des solvants et réactifs reconnus comme cancérigènes;

    b. Plaintes antérieures de la mauvaise qualité de l’air causée par l’incinération de composés très odorants et potentiellement dangereux;

    c. Le constat que les travailleuses faisaient partie d’une plus grande « grappe de cas de cancer » statistiquement significative au laboratoire de l’hôpital : le taux de cancer du sein des travailleuses de l’hôpital était environ 8 fois plus élevé que celui de la population féminine générale de la Colombie-Britannique.

    d. Un corpus d’ouvrages scientifiques établissant un lien entre les technicien(ne)s de laboratoire et une incidence accrue de cancer.

    Lire l’article sur le site d’ICI RADIO-CANADA: Lien entre cancer et travail : gain de cause pour trois femmes de C.-B.

    Lire la Décision de la Cour suprême du Canada

    Des recherches novatrices par Dr. Jim Brophy et Dr. Margaret Keith dévoilent un lien étroit entre le risque de cancer du sein et le travail des femmes dans les domaines de l’agriculture, du plastique automobile, des conserves alimentaires,  et de la métallurgie, ainsi qu’avec les environments de travail tel que les bars, les casinos et les hippodromes. Lire l’etude ici

    La recherche sur le cancer du sein a depuis longtemps négligé les risques liés au travail et à l’environnement. Pourtant, les recherches scientifiques prennent de l’ampleur au sujet des risques associés au cancer du sein et le milieu de travail. L’organisme de santé publique américaine, The American Public Health Association (APHA) a émis un avis politique important  qui demande au gouvernement et aux chercheurs d’intensifier et de prioriser la recherche sur le cancer du sein et la santé et sécurité au travail.

  • Cosmétiques sécuritaires

    En moyenne, une femme utilise chaque jour 12 produits cosmétiques et soins personnels qui l’expose à 126 composés chimiques différents. La faible régulation au Canada et l’influence massive de l’industrie cosmétique canadienne avec son marché de 5.4 milliards de dollars autorisent l’utilisation de composés carcinogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. On est arrivé à un point où le coût financier pour la reformulation de produits est plus important que l’impact qu’ont ces composés chimiques sur notre santé. De plus, les plans marketing ont réussi à déformer la vision qu’une femme se faisait de la vraie beauté. Mais l’exposition à long terme à faible dose de ces toxines cosmétiques renforce l’accumulation de toxines dans le corps des femmes déjà surchargé par d’autres contaminants environnementaux polluant nos corps. Saviez-vous qu’en moyenne plus de 200 composés chimiques différents sont retrouvés dans le corps d’un individu? L’origine de ces composés vient de notre nourriture, de l’air qu’on respire, de la terre et d’autres produits de consommation. En tant qu’individu, nous n’avons pas le contrôle sur l’utilisation des produits chimiques dans les différents domaines industriels, mais nous devrions être capables de contrôler ce qu’on veut mettre sur nos corps.

    C’est au printemps 2009, au sein du comité d’Action cancer du sein du Québec (ACSQ), que des passionnés et des dévoués ont pris la décision de développer une campagne sur les produits cosmétiques sains orientée pour les jeunes. Rapidement, des jeunes femmes venant d’horizons variés se sont jointes à l’organisme, car elles étaient inquiètes des régulations au Canada. C’est alors que FemmeToxic a vu le jour sur l’initiative de ce groupe de femmes qui voulaient une législation plus stricte afin que les cosmétiques sains deviennent une référence.

    FemmeToxic mène une campagne se concentrant sur les toxines dans l’environnement. Plus particulièrement, celles trouvées dans les produits de soins personnels qui sont nuisibles pour la santé et pouvant augmenter le risque de cancer et d’autres risques ayant un impact sur la santé. Le but de FemmeToxic est de militer pour une régulation plus stricte des cosmétiques. Plus précisément, le groupe souhaite changer la façon dont Santé Canada classe les cosmétiques et supervise le remplacement et l’élimination de toxines dans les produits de soin personnels. FemmeToxic cherche à donner du pouvoir aux femmes et à les rendre plus conscientes des toxines contenues dans les produits qu’elles utilisent, de l’impact sur la santé et des alternatives plus saines. De plus, on encourage les femmes qui nous rejoignent à se mobiliser pour motiver les industries cosmétiques à entamer leur changement de cap si attendu.

    FemmeToxic espère inspirer les femmes de tout âge à adopter un style de vie qui ne serait pas aussi dépendant de produits cosmétiques et de soins personnels et à leur faire réévaluer la nécessité d’utiliser de tels produits. Depuis trop longtemps, les femmes ont été poussées à penser que la beauté vient d’un tube de rouge à lèvres ou de la courbure des cils donnée par un mascara. En réalité, la vraie beauté est révélée à travers la confiance en soi et le développement de la personnalité, et non avec l’application de la dernière nuance de vernis à ongles. FemmeToxic espère diluer le message “ toxique ” véhiculé par les industries de la beauté en donnant plus de pouvoir aux femmes et espère aussi éliminer les toxines de nos corps à travers un changement de la législation canadienne. En espérant que ce changement sera un premier pas vers la désintoxication de notre environnement.

  • Inclusivité des genres

    Chez ACSQ, nous croyons que savoir, c’est pouvoir. Nous nous engageons à développer des analyses inclusives et à utiliser le plus possible un langage inclusif de la diversité de genre dans notre travail.

    Voici quatre faits à propos de la santé des personnes trans et non binaires :

    ➡ La mastectomie (« top surgery ») n’élimine pas tout risque de cancer du sein

    Cette chirurgie réduit les risques de développer un cancer du sein, mais elle laisse du tissu mammaire, et donc elle n’élimine pas le risque complètement. L’autoexamen du torse et les examens de routine par votre docteur sont donc recommandés.

    ➡ La thérapie hormonale et le cancer

    Alors qu’elles sont essentielles pour beaucoup de gens, il est important de noter que certaines thérapies hormonales peuvent changer les risques pour certains cancers. C’est une des raisons pour lesquelles les examens médicaux sont importants. Parlez-en à votre médecin.

    ➡ Accès aux soins de santé

    Obtenir des soins médicaux peut être très difficile. Nous avons compilé une liste de groupes qui offrent du soutien ou qui défendent les droits des personnes trans et non binaires au Québec.

    ➡ L’inclusivité, c’est l’affaire de tout le monde!

    ACSQ s’engage à être inclusif des communautés LGBTQIA2S+. Les personnes de tous les genres sont touchées par les enjeux sur lesquels nous travaillons!

    drapeau trans

    C’est avec fierté que nous nous joignons à plus de 100 organisations féministes et pour la justice sociale à travers le Canada afin de déclarer notre soutien à l’inclusion et aux droits des personnes transNous rejetons la rhétorique anti-trans.

    Pour en savoir plus

     

     

     


    Liste de groupes de soutien et de défense des droits des personnes trans et non binaires

    Au Québec :

    ➡ Action Santé Travesti(e)s & Transexuel(le)s du Québecsite internet et page Facebook – cet organisme offre entre-autre de l’accompagnement aux services médicaux

    ➡ Aide aux trans du Québec: site internet et page Facebook

    ➡ AlterHérossite internet et page Facebook

    ➡ Coalition des familles LGBTQI+site internet et page Facebook

    ➡ Fierté Trans – Euphorie dans le genresite internet et page Facebook

    ➡ Interlignesite internet et page Facebook – ligne d’écoute en français et en anglais

    À Montréal :

    ➡ Centre de lutte contre l’oppression des genres – Centre for Gender Advocacysite internet et page Facebook

     Jeunesse Lambdasite internet et page Facebook

    ➡ Projet 10 site internet et page Facebook – cet organisme offre entre-autre de l’accompagnement aux services médicaux et des références de professionels de la santé

     TransMontréalsite internet et page Facebook

     West Island LGBTQ2+ Centresite internet et page Facebook

    En région :

    Estrie

    ➡ Groupe de discussion pour jeunes personnes trans et non-binaires de l’Estriegroupe Facebook

    ➡ Iris Estrie (Projet caméléon)site internet

    ➡ Trans Estriesite internet et page Facebook

    Gaspésie

    ➡ Répertoire du Réseau des personnes alliées LGBTQ jeunesse et adultessite internet

    Lanaudière, Laval ou les Laurentides

    ➡ Le Néosite internet et page Facebook

    Outaouais

    ➡ Mosaique de Genressite internet et page Facebook

    ➡ Jeunesse Idempage Facebook

    ➡ Trans Outaouaissite internet et page Facebook

    *Il existe de nombreux groupes de support en ligne sur Facebook pour différentes régions du Québec – ils ne sont pas tous nommés ici

    Groupe pancanadien :

    ➡ Trans Lifelinesite internet et page Facebook – centre d’écoute (en anglais seulement)

    Autres ressources utiles :

     À deux mainssite internet et page Facebook: ce groupe offre entre-autre des suivis médicaux auprès des jeunes

    ➡ CACTUS Montréalsite internet et page Facebook: cet organisme travaille auprès des personnes utilisatrices de drogue par injection et inhalation, des travailleuses et travailleurs du sexe, et des personnes trans

     Chaire de recherche du Canada sur les enfants transgenre et leurs famillessite internet et page Facebook

    ➡ Institut pour la santé des minorités sexuellessite internet

    ➡ Liste des professionnels trans-affirmatifs du Québecà retrouver sur le site de l’ISMS – contient une liste de professionels de la santé

    ➡ Professionnel.le.s en santé des personnes trans et non binairesgroupe Facebook

    N’hésitez pas à nous envoyer vos suggestions d’additions ou de modifications à info@acsqc.ca

  • Information médicale et Services de soutien

    La Société canadienne du cancer offre de l’information médicale complète sur le cancer du sein et sur un éventail d’autres cancers. La SCC offre également du soutien et des services aux personnes atteintes et leur famille.

    http://www.cancer.ca/fr-ca/?region=qc

    Le Centre des maladies du sein Deschênes Fabia, affilié au Centre hospitalier universitaire de Québec, offre de l’information médicale complète sur le cancer du sein, le processus de diagnostic, les traitements ainsi qu’un éventail d’autres informations.

    http://centredesmaladiesdusein.ca/accueil/index.html

    PasseportSanté.Net est un site québécois qui offre au grand public de l’information pratique, fiable et indépendante sur un éventail de maladies, y compris le cancer du sein.

    http://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=cancer_sein_pm

    La Fondation Virage, affiliée au CHUM, offre des services d’éducation et de soutien aux personnes atteintes du cancer et à leur famille.

    http://viragecancer.org/

    L’Espoir c’est la vie est un centre de bien-être pour personnes atteintes du cancer. Le Centre, affilié à l’Hôpital général juif, offre des activités, des services d’éducation et de soutien. Ce centre est ouvert à tous et à toutes, même ceux et celles qui ne sont pas des patient.e.s de l’hôpital.

    http://lespoircestlavie.ca/

     

  • Le cancer du sein et l’environnement

    Les recherches sur les facteurs environnementaux en lien avec le cancer du sein sont marginalisées

    Le mois d’octobre, consacré à la sensibilisation au cancer du sein, suscite des émotions mixtes pour nous qui travaillons à Action cancer du sein du Québec (ACSQ). D’une part, nous sommes tout à fait sensibilisées au cancer du sein et à son effet traumatisant, bouleversant et profondément effrayant, et nous ressentons avec une souffrance aiguë la perte de si nombreuses vies précieuses en raison de cette maladie. D’autre part, nous sommes extrêmement conscientes des multiples questions difficiles que soulève le cancer du sein et qui n’ont pas encore trouvé réponse.

    Les partisans du Mois de la sensibilisation au cancer du sein s’acharnent à conscientiser les femmes, les incitant sans relâche à prendre en charge leur santé en passant des mammographies, en restant minces et en forme et en restreignant leur consommation d’alcool. Autrement dit, la réduction du risque passe par la responsabilisation individuelle, et l’on n’aborde que rarement les causes environnementales du cancer du sein sur lesquelles les femmes n’ont presque aucune emprise. La campagne se limite à encourager les femmes à recueillir d’importantes sommes d’argent destinées à la recherche d’une cure; elle escamote les causes profondes de ce cancer.

    Pour Action cancer du sein du Québec, le problème est que ce message est devenu hégémonique. C’est l’unique message qui rejoint bon nombre de femmes, et toutes les autres voix qui soulèvent des questions importantes et difficiles, y compris la nôtre, sont repoussées en marge du débat sur le cancer du sein. Voici quelques exemples, parmi d’autres, de sujets qui nous préoccupent.

    Les recherches sur les facteurs environnementaux en lien avec le cancer du sein sont marginalisées

    De nombreux chercheurs sur le cancer du sein s’accordent pour dire que l’exposition directe aux cancérogènes et aux substances toxiques est responsable d’au moins 20 % de ces cancers. Seulement 5 à 10 % des cas sont attribuables à une cause génétique. Pourtant, à peine 2 % des fonds destinés à la recherche sur le cancer du sein sont consacrés aux facteurs environnementaux, et de 3 à 4 % à la prévention[1]. De plus, les chercheurs reconnaissent à présent qu’il est fort probable que les causes du cancer du sein soient multifactorielles, c’est-à-dire que la plupart de ces cancers sont causés par certaines prédispositions génétiques en interaction avec des facteurs liés à l’environnement et au mode de vie. Étant donné cette complexité, nous devons examiner les questions suivantes, même si elles sont difficiles :

    Le cancer du sein et les perturbateurs endocriniens

    En raison des problèmes provoqués par les perturbateurs endocriniens (PE), une large gamme de substances qui dérèglent le délicat système hormonal de notre organisme, nous devons complètement repenser nos définitions actuelles des concepts de toxicité et d’exposition. Un grand nombre de PE sont œstrogéniques (agissant sur notre corps comme l’œstrogène); toute augmentation de l’exposition à l’œstrogène, peu importe sous quelle forme, est un important facteur de risque du cancer du sein. Et pourtant, alors que l’on finance la recherche d’une cure, les fonds consacrés à l’étude des perturbateurs endocriniens sont minimes.

    Le cancer du sein et les expositions sur le lieu de travail

    Les chercheurs James Brophy et Margaret Keith ont publié une recherche très novatrice qui fait état d’une importante augmentation des taux de cancer du sein parmi les travailleuses agricoles, et les femmes travaillant dans les secteurs des plastiques, de la conserverie alimentaire et des métaux, ou encore dans les bars et les établissements de jeu[2], la plupart de ces cancers étant apparus après une exposition professionnelle aux perturbateurs endocriniens. Brophy et Keith se sont vus refuser une subvention pour poursuivre leur recherche. Cependant, dans un récent énoncé de politique, l’American Public Health Association déclarait qu’il fallait privilégier la recherche sur les causes environnementales du cancer du sein, notamment les causes professionnelles[3].

    Le cancer du sein et les pesticides

    Le chercheur Luc Gaudreault, professeur au Département de biologie de l’Université de Sherbrooke, étudie le lien entre les pesticides reconnus comme perturbateurs endocriniens et certains cancers, notamment le cancer du sein et le cancer de la prostate. Il a été difficile d’obtenir des fonds pour cette recherche[4].

    Le cancer du sein et la pollution atmosphérique liée à la circulation automobile

    Un autre volet du lien entre les substances toxiques présentes dans l’environnement et le cancer du sein a fait l’objet d’une étude publiée par l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, étude dont les résultats ont démontré que les Montréalaises ménopausées vivant dans les quartiers les plus fortement pollués par la circulation automobile étaient deux fois plus susceptibles de développer un cancer du sein que celles vivant dans les quartiers les moins pollués[5]. Des chercheurs californiens ont poussé la recherche plus loin en identifiant les cancérogènes de la glande mammaire présents dans les polluants atmosphériques dégagés par la circulation routière[6]. Pourtant, très peu de groupes, même parmi les grandes fondations du cancer du sein, se penchent sur cette question ou en financent la recherche.

    Le cancer du sein et les inégalités sociales qui influent sur la santé

    Pour ce qui est de la justice en matière de santé des femmes, la Direction de la santé publique de Montréal reconnaît que le cancer du sein est un important exemple de l’effet que l’inégalité sociale peut avoir pour la santé, car les femmes plus démunies ont tendance à avoir un plus faible taux de diagnostic de cancer du sein, mais de plus forts taux de mortalité[7].

    De manière générale, l’incidence de cancer du sein (le nombre de femmes recevant un diagnostic de la maladie) reste relativement stable. Cela dit, la prévalence (le nombre de femmes touchées par la maladie) et la mortalité (le nombre de femmes qui en meurent) varient beaucoup d’un groupe de femmes à l’autre. Dans certains groupes, notamment dans certaines populations d’immigrantes récentes, l’incidence du cancer du sein a augmenté de façon importante, et d’autres groupes, notamment les Noires, ont un taux de mortalité anormalement élevé. Il nous faut mieux comprendre ces tendances, en tirer des leçons, et les communiquer aux femmes qui peuvent avoir besoin d’informations précises sur leur santé et sur le dépistage.

    Voilà certains des enjeux auxquels se consacre Action cancer du sein du Québec. La population est amplement sensibilisée au cancer du sein. Le moment est venu pour nous de faire réellement avancer le débat en nous attaquant aux questions les plus complexes que soulève cette maladie. À vrai dire, le message de sensibilisation, omniprésent, est une insulte à l’intelligence des femmes, et il a pour effet de saper toute velléité de changement en profondeur. En s’opposant à la recherche fondamentale sur les enjeux environnementaux, tels que le rapport entre le cancer et les PE, des puissants groupes d’intérêt empêchent tout changement au paradigme dominant en matière de réglementation de la toxicité et des substances chimiques, paradigme qui permet la présence d’agents chimiques dans tous les produits jusqu’à ce que l’effet délétère en ait été démontré. Actuellement, les substances chimiques sont autorisées AVANT que leur sécurité pour les humains et pour l’environnement n’ait été démontrée (ce qui est contraire au principe de précaution), et les militants et les chercheurs universitaires doivent lutter pour obtenir le retrait de substances chimiques nocives présentes dans des produits déjà commercialisés. En outre, l’évaluation du risque se fait au cas par cas, une substance chimique à la fois, sans égard aux interactions éventuelles entre les substances, et l’on ne tient habituellement pas compte des données sur l’exposition prolongée ou l’exposition liée à l’âge.

    Action cancer du sein du Québec travaille assidûment pour que plus de fonds soient consacrés à la recherche fondamentale sur la prévention du cancer du sein. Nous nous efforçons également de faire connaître les inégalités sociales actuelles qui agissent sur la santé, et leurs impacts pour le cancer du sein, afin de faire de cet enjeu une priorité de santé publique.

    Nous collaborons avec un large éventail de groupes dans le but d’éliminer les substances chimiques nuisibles, ou celles dont on soupçonne qu’elles sont dangereuses, de notre environnement. De plus, nous travaillons à la mise en place d’une stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens, à l’instar de celle mise au point par le gouvernement français[8].

    Assez tergiversé. Nous sommes toutes amplement sensibilisées au cancer du sein — ACSQ existe depuis plus de 20 ans. Il faut agir sur les questions difficiles auxquelles nous sommes confrontées. Tout de suite.

    Par Jennifer Beeman, ancienne Directrice générale, Action cancer du sein du Québec

    Notre Panel scientifique pour souligner notre 25e anniveraire, tenu le 26 octobre 2016 à Montréal, a su inspirer une audience de jeunes ainsi que de membres de longue date.

    Nous remercions sincèrement les trois chercheurs sur les perturbateurs endocriniens, Pre Isabelle Plante, Pr Bernard Robaire et Pre Lise Parent de nous avoir transmis si habilement leurs connaissances.

    Nous remercions également nos partenaires pour cet événement: la Fondation David Suzuki, CINBIOSE, le Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l’environnement et le Réseau des femmes en environnement.

    Vous pouvez visionner les trois présentations avec l’audio en cliquant sur les diapositives ci-bas.

    Les pertubateurs endocriniens et le cancer du seinEndocrine DisruptorsPesticides et cancer du sein

    [1]International Cancer Research Partnership (2012). Cancer Research Funding from an International Perspective: Report from the International Cancer Research Partnership, 2012.

    [2]Brophy, James, Margaret Keith, et al. (2012). Breast Cancer risk in relation to occupations with exposure to carcinogens and endocrine disrupters: A Canadian case-control study. Environmental Health. 11:87.

    [3]American Public Health Association (2014). Breast Cancer and Occupation: The Need for Action. Policy Number: 20146.

    [4]Radio-Canada (2015). « Un chercheur de l’Université de Sherbrooke s’intéresse à l’impact des pesticides sur les cancers. » 29 juin 2015.

    [5]Crouse, Dan L., Mark S. Goldberg, Nancy A. Ross, Hong Chen et France Labrèche (2010). Postmenopausal Breast Cancer Is Associated with Exposure to Traffic-Related Air Pollution in Montreal, Canada: A Case–Control Study. Environmental Health Perspective. 118 (11) 1578-1583.

    [6]Garcia, Erika, Susan Hurley, David O. Nelson, Andrew Hertz et Peggy Reynolds (2015). Hazardous air pollutants and breast cancer in California teachers: a cohort study. Environmental Health. 14:14.

    [7]Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (2011). Rapport du Directeur de santé publique 2011 : Les inégalités sociales de santé à Montréal. Montréal, Direction de la santé publique. pp. 80-82.

  • Marketing de la “cause rose”

    Qu’est-ce que «  l’industrie du cancer »?

    Le cancer est tellement présent aujourd’hui qu’il s’est créé toute une industrie autour, comprenant non seulement le personnel du secteur de la santé et les cliniques spécialisées en cancer, mais aussi les manufacturiers des équipements, des appareils et des tests de détection et de traitement, les entreprises pharmaceutiques qui fabriquent les médicaments oncologiques, les organisations de publicité et de relations publiques, les instituts de recherche en cancer, les agences subventionnaires de recherches sur le cancer, etc. Cette «  industrie du cancer » emploie des milliers de personnes et introduit dans l’économie des sommes importantes d’argent, avec comme résultat de détourner l’attention du besoin qui existe toujours de trouver les causes du cancer. ACSQ vous suggère d’être particulièrement vigilantes, vigilants à l’égard des compagnies pharmaceutiques qui font des profits en vendant des médicaments pour traiter le cancer tout en fabriquant par ailleurs des produits chimiques cancérigènes, à l’égard des manufacturiers d’automobiles qui supportent à grands renforts de publicité la recherche sur le cancer cependant que les véhicules qu’ils produisent déversent des émissions cancérigènes dans l’environnement, à l’égard aussi des agences oeuvrant sur le cancer mais qui ignorent ou banalisent les contaminants environnementaux qui nous entourent quotidiennement et qui contiennent des produits cancérigènes potentiels.

    Comment a commencé le Mois de la sensibilisation au cancer du sein?

    C’est en 1984 que le mois d’octobre a été désigné le Mois de la sensibilisation au cancer du sein, et cette désignation a été promue par une compagnie pharmaceutique — aujourd’hui AstraZeneca — qui fabrique le Tamoxifen. À une époque, AstraZeneca était la propriété d’ICI, une compagnie qui d’une part fabriquait des médicaments contre le cancer du sein et d’autre part profitait de la vente d’un herbicide cancérigène. Aujourd’hui, un nombre croissant de manufacturiers et de détaillants font la promotion de produits signalés par le ruban rose ou vous incitent à participer à des activités pour venir en aide à la recherche sur le cancer du sein. Le plus souvent on retrouve peu d’informations concernant le pourcentage de la vente ou le montant du don qui sera fait ni encore sur la nature de la recherche sur le cancer du sein qui sera réalisée. La très grande majorité des fonds amassés pour financer la recherche sur le cancer du sein ira à l’amélioration des techniques de détection ou de traitement. ACSQ vous recommande de poser des questions avant d’acheter quelconque produit ou de participer à quelconque événement associé à la campagne du ruban rose. De plus, ACSQ vous recommande de faire des dons directement à un organisme actif en recherche sur le cancer du sein tout en stipulant que votre argent soit consacré à de la recherche sur les causes du cancer du sein.

    Quelle est l’origine du ruban rose?

    Au début des années 1990, une grand-mère américaine, Charlotte Haley, a commencé chez elle à faire des rubans couleur pêche, à la main. Sa fille, sa soeur et sa grand-mère avaient toutes eu le cancer du sein. Elle a pris l’initiative de distribuer des milliers de rubans avec des cartes se lisant ainsi : «  L’Institut national du cancer bénéficie d’un budget de 1,8 milliards de dollars. Seulement 5 % de ce montant est alloué à la prévention du cancer. Aidez-nous à réveiller nos législateurs et l’Amérique en portant ce ruban. » La direction de la grande entreprise de cosmétiques, Estée Lauder, et la revue Self ont demandé à Haley la permission d’utiliser ce ruban. Haley leur a refusé, disant que son ruban ne devait pas être commercialisé. Alors la décision fut prise d’y aller avec une autre couleur, et on a choisi la couleur rose. Le ruban pêche de Charlotte Haley fut relégué au second plan par la machine de relations publiques qui fit du ruban rose le symbole reconnu du cancer du sein. L’utilisation du ruban rose s’est répandue. Associer le ruban rose à un produit rehausse l’image du manufacturier, du détaillant ou du commanditaire. Ces derniers génèrent de l’argent, surtout pour eux, et manifestent peu d’intérêt pour ce qui advient de la petite portion qui va aux organismes qui s’occupent du cancer du sein.

    Devrais-je acheter ce produit «  ruban rose »?

    Qui profite de votre achat? Combien d’argent ira aux programmes et aux services de lutte contre le cancer du sein? (Est-ce une proportion du prix de vente? Si oui, quelle proportion? Ou est-ce que le fabricant/détaillant fournit un montant fixe lors de chaque vente?) De quel type de produit s’agit-il? (Les cosmétiques peuvent contenir des produits cancérigènes ou potentiellement cancérigènes. Il en est de même pour les produits de nettoyage domestique. Demeurez vigilantes, vigilants devant de telles pratiques à double tranchant.) Ne vous faites pas exploiter par des entreprises qui se font une belle image à vos dépens. Quelle recherche supporte-t-on? Est-ce que l’argent est destiné à une fondation qui finance des programmes dans d’autres communautés mais pas dans la vôtre? Est-ce que la contribution ira grossir les montants dédiés à la recherche sur la détection et les traitements tandis que la recherche sur les causes du cancer du sein continue à être le parent pauvre?

    Pourquoi ACSQ est-il sceptique envers le ruban rose?

    Le cancer du sein est devenu l’enfant chéri des corporations canadiennes. Des couvercles de pots de yogourt aux véhicules automobiles, le ruban rose de « sensibilisation » au cancer du sein fait son apparition sur un nombre grandissant de produits. Le cancer du sein est une maladie facile à commercialiser car tout le monde adore penser aux seins, en parler et les regarder. La commercialiser est encore plus facile lorsqu’elle est vue comme une question féministe — sans les aspects politiques.

    Qu’est-ce que le marketing social du cancer du sein exactement? Tri-Marketing, une firme de marketing et de publicité canadienne en ligne, définit le marketing social comme « un partenariat entre une compagnie à but lucratif et une compagnie sans but lucratif qui permet d’augmenter les ventes tout en amassant de l’argent et en augmentant la visibilité de la cause. »1 Notez que dans presque toutes les campagnes de marketing social sur le cancer du sein, c’est l’argent des consommateurs qui permet d’amasser des fonds pour la cause, pas celui de l’entreprise. Celle-ci utilise le ruban rose pour attirer l’attention et l’argent des consommateurs tout en augmentant un peu la visibilité de la cause.

    Le cancer du sein est un problème de santé publique, et pas seulement un combat personnel. Ceci n’est que la pointe du iceberg rose mais révèle une foule de blessures associés au ruban rose. Le contexte actuel du marketing social du cancer du sein au Canada manque de transparence, de prise de responsabilité, d’un point de vue féministe et de santé publique. Les intérêts corporatifs font « virer au rose » les problèmes politiques qui toutefois deviennent clairs si l’on explore un peu plus la situation. Nos achats ne peuvent malheureusement pas faire disparaître la maladie, même si le marketing social du cancer du sein essaie de nous convaincre du contraire. Ce que nous pouvons faire :

    Informez-vous : sur les problèmes et la recherche qui entourent le cancer du sein.
    Posez des questions importantes. Envoyez un courriel au téléphonez à une entreprise qui fait du marketing social du cancer du sein et posez des questions de base sur leurs contributions : combien, à qui et pourquoi.
    Défiez l’entreprise en lui proposant de faire un don averti et privé pour une cause qui tient à coeur à ses membres, plutôt que de placer un ruban rose sur un produit en vue d’en augmenter les ventes.
    Parlez à vos ami.e.s. Si vous connaissez quelqu’un qui s’intéresse aux problèmes liés au cancer du sein, parlez-lui des problèmes entourant le marketing social du cancer du sein.
    Soutenez votre cause. Au lieu de faire des dons à des corporations douteuses dans le cadre d’une activité inconnue et inaccessible, pourquoi ne pas faire un don directement à un projet de recherche ou à un organisme de cancer du sein qui est important pour vous?
    Informez votre fondation de cancer du sein. Si vous pensez que votre fondation de cancer du sein est trop étroitement liée à des activités de marketing social douteuses, dites-le lui.
    Participez. Contactez ACSQ pour savoir comment vous pouvez faire une différence.

    Qu’en est-il des diverses activités de levée de fonds pour le cancer du sein, d’après ACSQ?

    Avant de vous commettre à supporter une activité de levée de fonds, soit par votre participation soit par la commandite de la participation de quelqu’un d’autre (pour une marche, une course…), demandez où ira l’argent ainsi recueilli. Demandez non seulement quelle portion de l’argent ira pour la cause, mais aussi quels types de programmes ou de recherches seront supportés. Si la réponse ne vous satisfait pas, ou si vous n’aimez pas la réponse, ACSQ vous suggère de contribuer directement à une organisation dont vous appréciez le travail.


    Le cancer du sein est une maladie, pas une opportunité de commercialisation !

    • Malgré les milliards de dollars amassés au nom du cancer du sein, nous ne sommes pas plus près de trouver la cause de cette maladie dévastatrice que nous l’étions dans le passé. L’intérêt premier de toutes les femmes est de ne jamais développer un cancer du sein.

    • La recherche sur le cancer du sein est fortement dirigé vers le traitement ou «le remède» et exclut quasi totalement la prévention : qui est de se pencher sur les causes de la maladie et les moyens de la prévenir.

    • Moins de 50 % des cancers sont dus à des facteurs génétiques et les habitudes de vie. Qu’en est-il de l’autre 50%?

    • De nos jours, plus de femmes sont diagnostiquées avec un cancer du sein qu’il y a 20 ans. La science démontre que notre environnement joue un grand rôle dans l’augmentation des taux de cancer.

    • Au cours des cinq dernières années, seulement 3 à 4 % de l’argent recueilli va à la recherche sur les liens existants entre les substances toxiques dans notre environnement et le cancer du sein et ce, en dépit des scientifiques qui accumulent les preuves de leur relation.

    Il est temps d’agir pour prévenir le cancer du sein et non simplement d’acheter des articles avec un ruban rose.


    Ne vous laissez pas induire en erreur par ce qu’on appelle les petits mensonges roses du cancer du sein.

    Soyez informé!

    Après tant d’années, il y a toujours très peu d’argent consacré à la recherche sur les causes profondes de cette maladie.

    Lisez et apprenez davantage sur les mythes et les idées fausses qui nous sont dits.

    Petit mensonge rose nº 1 :
    NOUS SOMMES PRÈS DE TROUVER UN REMÈDE

    C’est le slogan du Mois de la sensibilisation au cancer du sein et nous l’entendons chaque mois d’octobre.

    Il est diffusé à répétition dans les haut-parleurs lors d’événements de collecte de fonds et reproduit dans tous les journaux et articles de magazine portant sur ce sujet. Et c’est l’un des plus grands des petits mensonges roses.

    Les femmes diagnostiquées avec un cancer du sein aujourd’hui sont confrontées aux mêmes options de traitement — chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie, auxquelles elles étaient confrontées il y a quarante ans, lorsque la guerre contre le cancer a été déclarée. La Dre Susan Love, chirurgienne spécialiste du cancer du sein et militante la mieux connue des États-Unis, qualifie ces traitements de « couper, brûler et empoisonner ».

    Nous avons appris que le cancer du sein prend plusieurs formes, mais le ou les remèdes continuent de nous échapper malgré les énormes sommes d’argent versées dans la recherche. Et les réponses peuvent continuer de nous échapper aussi longtemps que les groupes de recherche demeurent fragmentés, produisant des rapports d’études reproduisant d’énormes travaux déjà complétés, tandis que plusieurs domaines d’importance potentiellement critique ont reçu peu ou pas d’attention.

    Avec toute l’attention des organismes, des entreprises et des médias portée sur cet insaisissable « remède », relativement peu d’attention a été accordée à la prévention.

    Petit mensonge rose nº 2 :
    LES TAUX DE CANCER DU SEIN SONT EN BAISSE

    Bien que les taux de mortalité chez les femmes diagnostiquées avec un cancer du sein sont en baisse à la fois aux États-Unis et au Canada[1], le nombre de diagnostics dans le monde est en augmentation[2].

    La baisse de la mortalité est attribuée à l’utilisation réduite du traitement hormonal substitutif (THS) à la suite de la reconnaissance par la communauté scientifique que le THS augmente le risque de cancer du sein[3]. Mais le cancer du sein demeure le cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde et touchera 1 Canadienne sur 9  pendant leur vie[4].

    En outre, les taux de cancer du sein sont en augmentation dans les pays en développement. On estime que c’est dans ces pays que la moitié des cas de cancer du sein se produisent[5] et que la majorité des diagnostics se produisent à des stades plus avancés de la maladie[6]. Cette augmentation de l’incidence du cancer du sein dans les pays en développement est probablement le résultat de la prolifération des produits chimiques synthétiques dans l’environnement[7] et n’est en aucun cas compensée par les campagnes du ruban rose.

    Petit mensonge rose nº 3 :
    LES RUBANS ROSES SIGNIFIENT QUE LES ENTREPRISES SONT CONCERNÉES

    La vaste gamme de produits arborant le ruban rose qui apparaissent chaque année en octobre permet aux entreprises qui les produisent de se qualifier en tant que partisans de la lutte contre le cancer du sein — et ils nous encouragent à penser que nous contribuons à la cause en achetant ces produits. Mais il est souvent difficile de savoir quelle proportion du prix de vente sera versée en don ou s’il y a un plafond sur les dons. Trop souvent, le fabricant fixe un montant prédéterminé qu’il donnera, quel que soit le volume des ventes. Dans d’autres cas, on nous dit qu’une partie des ventes sera versée à la recherche sur le cancer du sein — sans toutefois mentionner l’organisation ou les organisations qui en bénéficieront.

    Ce qui est encore plus troublant, ce sont les sociétés ruban rose qui soutiennent la recherche sur le cancer du sein tout en fabriquant des produits qui contiennent des ingrédients qui peuvent causer le cancer du sein. Un constructeur automobile peut prétendre soutenir la lutte contre le cancer du sein tout en fabriquant et en vendant des véhicules qui émettent des agents cancérigènes ou mutagènes (par exemple, les hydrocarbures aromatiques polycycliques). Les entreprises de cosmétiquescommercialisent des produits ruban rose contenant des substances cancérigènes connues ou présumées (par exemple, le plomb dans le rouge à lèvres) ou des perturbateurs endocriniens (par exemple, les phtalates dans les parfums). Il y a des géants de l’alimentation qui emballent les soupes dans des boîtes de conserve dont le revêtement interne contient du bisphénol A, une toxine reconnue, et par la suite, apposent un ruban rose sur l’étiquette. Pires encore sont les multinationales qui créent et vendent à la fois les pesticides cancérigènes et les médicaments utilisés pour traiter la maladie qui en résulte.

    Ce genre de marketing social « vire au rose ». Et il est toxique.

    Le résultat essentiel : il y a certainement des corporations qui canalisent une partie de leurs bénéfices vers des projets sérieux pour lutter contre le cancer du sein, mais la nature du marché est telle que la plupart des sociétés visent à faire des profits et à projeter une image positive. Elles ne se soucient pas de la prévention du cancer du sein.

    Petit mensonge rose nº 4 :
    LES RÈGLEMENTS DU GOUVERNEMENT INTERDISENT L’UTILISATION DE CARCINOGÈNES CONNUS OU PRÉSUMÉS DANS LES PRODUITS DE CONSOMMATION

    Oubliez ça.

    Le 20 juin 2011, le gouvernement fédéral a introduit la Loi sur la sécurité des produits de consommation.Dans le communiqué de presse du gouvernement (disponible à http://www.hc-sc.gc.ca/ahc-asc/media/nr-cp/_2011/2011_81-fra.php), la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a déclaré qu’elle était « ravie que notre gouvernement ait maintenant le pouvoir de retirer les produits dangereux des tablettes des magasins », et que « en tant que mère, la nouvelle loi me permet de faire plus confiance aux jouets et produits que je donne à mon enfant ». L’objectif déclaré de cette loi est louable — comme il est indiqué sur le site internet du gouvernement (http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/legislation/acts-lois/ccpsa-lcspc/index-fra.php) il a été conçu pour protéger le public en identifiant et en prévenant les dangers pour la santé ou la sécurité humaine que présentent les produits de consommation au Canada, y compris ceux qui circulent au Canada et ceux qui sont importés.

    La Loi sur la sécurité des produits de consommation n’inclut pas les substances cancérigènes. Pourtant, la présence d’un agent cancérigène dans un produit répond clairement à la définition de la Loi sur le « danger pour la santé humaine ».

    En attendant le jour où le gouvernement émettra une interdiction totale de ces ingrédients, une réglementation en matière d’étiquetage strictement appliquée est l’exigence minimale que nous demandons.

    ACSQ demande à Santé Canada :

    • D’interdire l’utilisation de produits chimiques qui sont par nature cancérigènes ou mutagènes, ainsi que ceux qui ont été identifiés comme toxiques pour la reproduction dans les produits vendus au Canada. Cette demande se fait l’écho de l’approche de précaution déjà prise au sein de l’Union européenne et le Canada devrait à tout le moins mettre en œuvre les mêmes normes.
    • D’exiger que les fabricants de produits de consommation fournissent des données de sécurité détaillées et complètes pour les tests de tous les ingrédients chimiques et les nanoparticules utilisés dans leurs formulations. À l’heure actuelle, de nombreux ingrédients, y compris ceux utilisés dans les produits de beauté, ne sont pas examinés pour leur sécurité avant qu’ils ne soient mis en vente aux consommateurs. Par exemple, les entreprises sont seulement tenues d’envoyer une liste d’ingrédients à Santé Canada dix jours après que le produit se retrouve sur le marché.
    • D’exiger que les producteurs fournissent à Santé Canada l’ensemble des données environnementales et sanitaires sur chaque produit chimique utilisé dans leurs formulations. À l’heure actuelle, les renseignements concernant les tests sur la plupart des produits chimiques sont incomplets.

    Petit mensonge rose nº 5 :
    NOUS MANQUONS DE PREUVES QUE LES FACTEURS ENVIRONNEMENTAUX AFFECTENT
    LE CANCER DU SEIN

    Au moins 100 000 produits chimiques ont été introduits dans notre environnement au cours des 60 dernières années. Ils sont formulés et fabriqués en un nombre infini de produits et de procédés dans le commerce aujourd’hui. Pendant à peu près la même période, l’incidence du cancer du sein au Canada est passée d’une femme sur 40 à une sur 9.

    Il existe un large et croissant ensemble de recherches sur la façon dont les produits chimiques, les rayonnements et les autres facteurs environnementaux sont cancérigènes. Pourtant, ce n’est pas encore clairement compris par le public. Par exemple, beaucoup de femmes se demandent si elles ont une prédisposition génétique pour cette maladie. Pourtant, on estime que seulement environ 5 % à 10 % des cancers du sein sont influencés par l’histoire familiale[8]. Nous savons que l’exposition aux produits chimiques courants contribue à l’incidence trop élevée du cancer du sein.

    Les preuves continuent à s’accumuler, à la fois en termes de cancer du sein et d’une foule d’autres maladies et affections chroniques — la maladie de Parkinson, les troubles d’apprentissage, l’infertilité, le lymphome, et ainsi de suite. Veuillez prendre note de ces conclusions importantes:

    • les produits chimiques synthétiques imitent souvent l’action des œstrogènes;
    • plus l’exposition à l’œstrogène pendant la vie d’une femme est longue, plus le risque de cancer du sein est grand;
    • les produits chimiques qui imitent l’action des œstrogènes sont le bisphénol A, le polychlorure de vinyle, les phtalates comme le phtalate de dibutyle et le DEHP —plastifiants trouvés sur les étagères de votre épicerie locale et dans votre salon de beauté;
    • nous sommes constamment exposés à une « soupe chimique », des produits chimiques qui peuvent avoir des effets cumulatifs, synergiques et même multiplicatifs;
    • même si les expositions chroniques à faible dose et à long terme ont été peu étudiées, il existe des preuves convaincantes de préjudice.

    Même s’il n’existe pas de preuve que l’exposition à certains produits chimiques peut causer le cancer du sein, de nombreux épidémiologistes de l’environnement préconisent la réduction de l’exposition aux polluants environnementaux. Ce conseil adhère au principe de précaution, une prémisse stipulant la « sécurité d’abord » énonçant que lorsqu’il y a des raisons scientifiques suffisantes de croire qu’un procédé ou un produit n’est pas sécuritaire, des mesures préventives doivent être prises, même lorsqu’on ne comprend pas pleinement le lien de cause à effet.

    Il existe une relation inéluctable entre les taux de cancer du sein et l’utilisation généralisée de produits chimiques synthétiques. Pour en savoir plus, lisez L’état des connaissances : La relation entre l’environnement et le cancer du sein (6e éd, 2010).

  • Perturbateurs endocriniens


    Pourquoi les perturbateurs endocriniens me préoccupent-ils? (cliquez ici pour voir les vidéos de nos bénévoles)

    LAURIANNE LAMARCHE
    « S’intoxiquer tous les jours, non merci! Prenez une minute pour visionner pourquoi il est important de prendre position contre les perturbateurs endocriniens. »

    ELLE CHAVEZ-JEREZ
    « Seins ! Maintenant que j’ai obtenu votre attention, regardez ce clip pour savoir pourquoi cette campagne de perturbateurs endocriniens est important pour moi. »

    DEENA DLUSY-APEL
    « Ça va prendre combien de temps? Je croyais que c’était le gouvernement qui m’aiderait. Visionner ma petite vidéo pour comprendre mes inquiétudes. »

    ROSANNE COHEN
    « Nous ne pouvons plus rester là à regarder grimper le taux de cancer et d’autres maladies chroniques. Nous devons faire tout ce qui est dans notre pouvoir pour arrêter sa progression. Je m’engage dans cette lutte pour le futur de mon fils et de mes petits-enfants. Et de votre côté, pour qui allez-vous au combat ? »

    PATRICIA KEARNS
    « Même avant leur naissance, la vie des enfants peut être touchée par les perturbateurs endocriniens. Cela me dérange vraiment. »

  • Racisme environnemental

    Le racisme environnemental fait référence au niveau disproportionnel d’exposition à la pollution à laquelle les populations racisées, les Premières Nations et les communautés en situation de pauvreté sont exposées, ainsi que les effets négatifs qui en découlent. Cela inclut la protection environnementale inégale offerte à travers les lois, règlements et programmes gouvernementaux et leur application.
    Au Canada, il y a beaucoup trop d’exemples de cas où des mines, des décharges, des puits de pétrole et de gaz, des pipelines, des raffineries et des usines chimiques hautement polluantes se trouvent à l’intérieur ou à proximité de communautés des Premières Nations, de personnes de descendance africaine, et de communautés racisées, malgré l’opposition de ces communautés. L’air, l’eau, le sol s’en retrouvent contaminés, et cela occasionne également de plus grands impacts face aux changements climatiques. Les membres des communautés se retrouvent avec des problèmes de santé sérieux et complexes dus à la pollution, avec peu ou pas du tout de prise de responsabilité de la part des entreprises, ou de la part des gouvernements qui auraient dû protéger la santé et le bien-être des communautés.
    Pour en savoir plus à propos du racisme environnemental, nous suggérons le livre There’s Something in the Water par Dre Ingrid Waldron. Il a inspiré un film du même nom.

    Projet de loi C-226 : Les militant.e.s célèbrent l’adoption par le Sénat du premier projet de loi sur la justice environnementale au Canada, marquant ainsi une étape historique.
    Les militant.e.s pour la justice sociale et l’équité, pour la protection de l’environnement et la santé publique célèbrent l’adoption par le Sénat du projet de loi C-226, la Loi sur la stratégie nationale sur le racisme environnemental et la justice environnementale (Loi sur la stratégie en matière de justice environnementale). Le 14 juin 2024, la Loi sur la stratégie en matière de justice environnementale a été adoptée en troisième lecture par le Sénat, la sanction royale étant attendue sous peu et représentant la dernière étape du processus législatif.
    La loi sur la stratégie en matière de justice environnementale exigera du gouvernement qu’il examine les liens entre la racialisation, le statut socio-économique et le risque environnemental, et qu’il élabore la première stratégie nationale du Canada en matière de racisme environnemental et de justice environnementale.
    Un rapport publié en 2020 par le Rapporteur spécial des Nations unies sur les substances toxiques et les droits de la personne fait état d’une « tendance au Canada où les groupes marginalisés, et les peuples autochtones en particulier, se retrouvent du mauvais côté d’un fossé toxique, soumis à des conditions qui ne seraient pas acceptables dans d’autres régions du pays ».
    Pour lire la totalité de notre déclaration conjointe avec la Coalition canadienne pour la justice environnementale et climatique, c’est ici.

    Projet de loi C-230 : Loi concernant l’élaboration d’une stratégie nationale visant à remédier au racisme environnemental

    Le projet de loi C-230, intitulé Loi concernant l’élaboration d’une stratégie nationale visant à remédier au racisme environnemental, a franchi l’étape de la deuxième lecture et est maintenant à l’étude au Comité permanent de l’environnement et du développement durable de la Chambre des communes. Si elle est adoptée, la loi exigerait que le gouvernement fédéral élabore une stratégie nationale de lutte contre le racisme environnemental en recueillant des données raciales sur la santé, ainsi que des informations concernant le statut socio-économique et les risques, tout en identifiant l’emplacement des risques environnementaux et en élaborant des mesures pour remédier à ces situations.
    Action cancer du sein du Québec a soumis un mémoire auprès du comité recommandant l’adoption sans tarder de la Loi C-230. Retrouvez-le ici.
    Le   comité   de l’environnement de la Chambre des communes a récemment terminé son examen du projet de loi C-230. Il s’agit d’une première étape cruciale pour que le Canada reconnaisse son héritage honteux de racisme environnemental et qu’il s’assure que tous et toutes bénéficient de politiques robustes de protection de l’environnement. Lire le communiqué de presse
    Coalition canadienne pour la justice environnementale et climatique
    Une coalition a été créée afin d’appuyer la lutte contre le racisme environnemental et pour la justice environnementale. Cette coalition est dirigée par Dre Ingrid Waldron de l’Université Dalhousie et est constituée de plus de 60 organisations membres à travers le Canada. Nous sommes fièr.es d’en faire partie.
    Pour en savoir plus (article disponible en anglais seulement) :
  • Surdiagnostic

    Les concepts de « surdiagnostic » et de « surtraitement » ne sont pas nécessairement faciles à comprendre lorsque nous pensons au cancer du sein. L’approche dominante pour « sensibiliser » les femmes à l’égard du cancer du sein consiste à répéter l’idée que la détection précoce sauve des vies. Malheureusement, la réalité est beaucoup plus complexe et dans beaucoup de cas, la détection précoce mène au surdiagnostic et au surtraitement, particulièrement en ce qui concerne le carcinome canalaire in situ (CCIS).

    Qu’est-ce que le surdiagnostic du cancer du sein exactement?

    Le surdiagnostic est le diagnostic d’une tumeur qui n’aurait pas été cliniquement apparente en l’absence de dépistage. Le traitement d’une tumeur surdiagnostiquée ne peut pas être considéré comme étant bénéfique. Le surdiagnostic et le surtraitement sont maintenant largement reconnus comme une pratique médicale nuisible, dont le dépistage ferait partie.[1] Dans le cas du cancer du sein par exemple, le CCIS était rarement diagnostiqué avant la mise en place d’un dépistage systématique.[2] Malgré tout, des dizaines de milliers de femmes en Amérique du Nord qui seront diagnostiquées avec un CCIS devront subir un traitement agressif, souvent une mastectomie partielle ou totale suivie d’une radiothérapie et parfois d’une hormonothérapie.

    Il n’y a jusqu’à maintenant aucune estimation définitive sur l’ampleur du phénomène que sont le surdiagnostic et le surtraitement, car les chiffres fournis par la littérature scientifique offrent un éventail relativement large.[3] Il y a toutefois un accord général comme quoi le CCIS serait particulièrement susceptible d’être surdiagnostiqué.

    Un nouveau paradigme sur la complexité des cancers

    Le cancer du sein n’est pas une maladie uniforme et nécessite des traitements différents adaptés à chaque cas. De plus, les tumeurs ne progressent pas nécessairement à un rythme constant. Les tumeurs indolentes (ou paresseuses) peuvent cesser de croître, croître plus lentement ou même décroître. Tout cela nous mène à un nouveau paradigme sur la complexité des cancers et leur traitement.

    Les programmes de dépistage à la grandeur de la population se basent sur l’hypothèse selon laquelle le cancer progresse de manière régulière et graduelle jusqu’à un stade fatal s’il n’est pas traité. L’affirmation selon laquelle le dépistage précoce du cancer du sein sauve des vies est ainsi devenue problématique puisqu’elle mène à des interventions médicales pour les femmes dont les tumeurs seraient restées inoffensives, mais qui sont néanmoins victimes de la chirurgie, radiation, chimiothérapie et hormonothérapie non-nécessaires. De plus, ces femmes doivent subir les conséquences médicales, économiques et sociales du cancer du sein pour le reste de leur vie, alors que cela aurait pu être évité.

    En 2012, le National Cancer Institute des États-Unis organisait un panel composé de spécialistes et de patients plaidant pour une plus grande investigation du phénomène de surdiagnostic du cancer. Le panel émit les consensus suivants concernant le surdiagnostic et le surtraitement[4]: Il est proposé que nous reconnaissions l’existence commune d’un surdiagnostic et que nous développions une nouvelle terminologie pour remplacer le mot « cancer » lorsqu’il s’agit de lésions à faible risque. Il est aussi suggéré de créer un registre des lésions à faible risque et d’adapter nos méthodes de dépistage afin d’éviter le dépistage inutile. Finalement, il est recommandé de trouver de nouvelles stratégies pour aborder la progression du cancer du sein et sa prévention.

    À Action cancer du sein du Québec, nous comprenons très bien la peur que peuvent éprouver les femmes lorsque les mots « cancer du sein » sont prononcés. Mais nous ne pouvons fermer les yeux sur le fait que trop de femmes sont inutilement traitées pour des lésions qui n’auraient jamais causé problème.

    Afin que les femmes comprennent mieux l’enjeu du surdiagnostic, nous devons changer le discours sur le cancer du sein. Il nous faut passer d’une approche alarmiste à une approche plus nuancée basée sur une compréhension de la complexité des cancers et la nécessité de traitements différenciés, qui dans certains cas peuvent se limiter à une surveillance attentive. Nous devons réexaminer les programmes de dépistage, ainsi que le traitement du CCIS et développer des traitements moins agressifs, ainsi que des registres pour mieux comprendre l’évolution de ces cas. Nous avons également besoin de coordonner nos agendas afin que la recherche fondamentale sur la biologie des tumeurs devienne une priorité.

    De plus, toutes les femmes devraient être outillées et encouragées à adresser ces enjeux avec son ou sa docteur-e lorsqu’un diagnostic de cancer du sein tombe. Finalement, il est primordial que les femmes qui sont impliquées dans les mouvements pour la santé des femmes soient inclues dans ces discussions, afin que soient développés les outils nécessaires pour effectuer ces changements.

    [1]Elmore, Joann G. et Ruth Etzioni (2015). Effect of Screening Mammography on Cancer Incidence and Mortality. Invited Commentary. JAMA Internal Medecine. Publié en ligne le 6 juillet 2015. Téléchargé de http://archinte.jamanetwork.com/le 7 juillet 2015.

    [2]Esserman, Laura, J. et colleagues (2014). Addressing overdiagnosis and overtreatment in cancer : a prescription for change. Lancet Oncology. May 2014. 15(6) : e234-242.

    [3]Elmore et Etzioni, op. cit.

    [4]Esserman et colleagues. op.cit.