Le Plan de gestion des produits chimiques du Canada menacé : un enjeu toxique

9 mars 2026 –

Depuis deux décennies, le Plan de gestion des produits chimiques du Canada (PGPC) contribue à protéger la population et l’environnement contre des substances nocives, y compris au Québec. Peu connu du grand public, ce programme joue pourtant un rôle essentiel. En vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, Environnement et Changement climatique Canada et Santé Canada évaluent et réglementent les centaines de milliers de substances chimiques potentiellement dangereuses présentes sur le marché.

Nous sommes en contact avec de nombreuses substances, des plastiques et des PFAS (« produits chimiques éternels ») aux retardateurs de flamme et aux produits ménagers. Plusieurs se retrouvent dans notre sang, nos poumons et même dans les placentas. Plusieurs sont associées à des cancers, à des perturbations hormonales, à des problèmes de reproduction, à l’asthme et à des troubles du neurodéveloppement. Le PGPC s’appuie sur une approche scientifique rigoureuse pour protéger la santé humaine et l’environnement, soutient nos relations commerciales et bénéficie de l’appui à la fois de l’industrie et du public.

Or, le financement actuel du programme arrive à échéance à la fin du mois, et le gouvernement n’a toujours pas annoncé s’il sera reconduit au-delà de l’exercice en cours. Lorsque les décisions de financement sont repoussées à la dernière minute, il devient beaucoup plus difficile pour les chercheurs et les régulateurs de planifier et de mener des évaluations sur plusieurs années.

Le Budget principal des dépenses déposé la semaine dernière par le président du Conseil du Trésor indique que les dépenses d’Environnement et Changement climatique Canada pour la prévention de la pollution devraient diminuer de 61 millions $ l’an prochain. Les ministères fédéraux procèdent déjà à des compressions touchant des scientifiques qui surveillent la qualité de l’air, la faune et la pollution, ainsi que des centaines de fonctionnaires chargés de nous protéger contre les pollueurs. Si le gouvernement souhaite réellement améliorer l’efficacité et obtenir des résultats, il devrait confirmer sans tarder un financement permanent et solide pour ce programme. Celui-ci a besoin d’un financement prévisible pour assurer la surveillance, les analyses scientifiques, l’élaboration de politiques et les mécanismes de reddition de comptes nécessaires à la protection de la population et de l’environnement contre les expositions toxiques.

On ne bâtira pas un monde plus sûr pour les générations futures à coups de compressions budgétaires. Nous ne pouvons pas non plus laisser les pollueurs nuire à l’environnement et à notre santé pendant que les ministères sont privés des ressources nécessaires pour accomplir leur travail. La production mondiale de produits chimiques a été multipliée par 50 entre 1950 et 2010 et devrait tripler d’ici 2050. La triple crise planétaire : pollution, perte de biodiversité et changements climatiques, continuera de s’aggraver. Les limites planétaires liées à la pollution pétrochimique seront dépassées si nous n’améliorons pas les mécanismes de contrôle et les incitatifs favorisant une chimie plus sûre. La gestion des produits chimiques devient de plus en plus complexe et exige plus que jamais des systèmes de gouvernance solides.

Protéger la population et l’environnement contre l’exposition à des substances toxiques n’est pas facultatif. Il s’agit d’une responsabilité fondamentale du gouvernement fédéral. Il n’est dans l’intérêt de personne de permettre aux pollueurs de déverser des substances chimiques non réglementées dans nos produits, nos aliments et notre environnement, y compris au Québec. Ces pratiques font aussi porter de façon disproportionnée les risques aux communautés autochtones, racisées et à faible revenu vivant à proximité de leurs installations. Un PGPC bien financé constitue l’un des rares outils nationaux permettant de prévenir de nouvelles injustices environnementales.

Le gouvernement fédéral ne limiterait pas ses engagements en matière de sécurité nationale à des cycles de financement à court terme. De la même manière, la protection de la santé humaine et de l’environnement contre l’exposition à des substances chimiques toxiques est une responsabilité permanente qui exige des ressources stables. Pourtant, depuis son lancement, le financement a très peu évolué et n’a été accordé que par tranches de deux, trois ou cinq ans. Cette approche à court terme nuit à la capacité du programme à obtenir des résultats.  Il est temps de mettre fin à cette incertitude, de confirmer le renouvellement du financement et d’en faire un engagement permanent. Protéger la population et l’environnement contre les polluants et les maladies liées à l’exposition aux substances toxiques relève d’une véritable médecine préventive à l’échelle canadienne. Combinées à d’autres investissements en matière de bien-être et de protection de l’environnement, ces mesures nous permettront de bâtir un avenir plus sain et moins toxique.

  • Naoual Laaroussi, Coordinatrices des communications et du partenariat, Action cancer du sein du Québec (ACSQ) 
  • Lisa Gue, Responsable des politiques nationales, Fondation David Suzuki